Viv(r)e le Prix d'Amérique !

Publié le par Charles Lemercier

♦ Bold Eagle sur le toit du monde, à seulement 5 ans !

Pouvoir réaliser un de ses rêves à 17 ans, cette chance n'est pas donnée à tous. J'ai vécu le championnat du monde des trotteurs de l'intérieur ce dimanche 31 janvier, et assisté à la consécration de l'extraterrestre Bold Eagle. Récit d'une journée inoubliable.

Une fois les formalités effectuées, je m'aventure dans le "Temple du Trot", prêt à vibrer et à vivre la ferveur du Prix d'Amérique Opodo. L'atmosphère est encore placide, les bruits sont encore rares à cet instant. Il est midi passé. Les premiers chevaux s’échauffent, les supporteurs, passionnés ou amateurs de nouvelles expériences arrivent en nombre. Ils viennent du monde entier, Américains (évidemment!), Italiens ou encore Suédois se pressent dans les travées de l'hippodrome. Les Français sont là-aussi, parés des couleurs rouges à l'effigie du grand favori Bold Eagle, bleues pour les supporteurs de Timoko ou d'Up and Quick, le tenant du titre. Près de 35.000 personnes prennent place dans les grandes tribunes du Plateau de Gravelle, les yeux rivés sur la piste et les cracks. De nouvelles couleurs apparaissent au loin, ce sont celles de l'Amérique. Ainsi, la parade débute en musique, les danseurs par dizaines voire centaines suivent en rythme le fameux cheval orné d'une couverture représentant la célèbre bannière étoilée qui recouvre en partie sa tête. Puis des robots en mouvement et des Harley-Davinson par centaines complètent la grande parade d'ouverture. Ces images sont suivies dans trente-cinq pays. Les bikers saluaient la foule et faisaient ronfler le moteur de leur « bijou » pour la plus grande joie du public. La parade nous met dans l'ambiance tandis qu'on échange de part et d'autre sur les prétendants au sacre suprême. Qui entrera dans le Panthéon des courses ? « Bold Eagle est au-dessus des autres », lâche Vincent venu de Mayenne. Ce département qui a donné de grands champions, Up and Quick le dernier en date.

La première course est montée. Elle lance les hostilités et offre un beau spectacle, c'est le Prix Camille Blaisot, une course semi-classique (Groupe II). Elle revient au « Président » Bilibili. Son jockey s'était illustré sept jours plus tôt dans le pendant du Prix d'Amérique au trot monté avec Scarlet Turgot. « J'avais moins de pression que la semaine dernière », confie-t-il au micro de l'animateur Laurent Bruneteau. Dans la seconde épreuve, Jean Michel Bazire s'impose au terme d'une vive lutte. L'homme aux dix-sept "Sulky d'Or" est en verve puisqu'il renoue avec le succès une heure et demie plus tard avec son pensionnaire Aubrion du Gers dans un temps époustouflant. Les connaisseurs savent qu'il est capable de coups de trois, avec Up and Quick peut-être ? Puis, les larmes de Philippe Rouer m'ont ému, l'entraîneur-propriétaire d'Ukerlza du Benjo est heureux de voir ses couleurs briller le jour du Prix d'Amérique, c'est beau !

Par ailleurs, le Prix Charles Tiercelin (Groupe II – 2100 mètres autostart) dont Bold Eagle est le tenant du titre, a offert sans doute la plus belle lutte de l'après-midi. Vainqueur en 1'11''5 (environ 50 km/h si les chronos ne vous parlent pas, les temps sont rapportés au kilomètre), Traders a volé la vedette au gagnant du Critérium des 3 ans, Charly du Noyer (3ème). Notons que Traders était mené par Nicolas Roussel, expatrié depuis avril aux Etats-Unis, revenu sur ses terres pour ce week-end exceptionnel.

Après cinq épreuves, la Garde Républicaine prend le relais et offre un magnifique spectacle en musique et en mouvement, intitulé la « Horse Parade ». Il est réalisé devant des tribunes combles. La foule est dans l'attente, un peu nerveuse. L'animation s'intensifie lorsque les groupes de supporteurs veulent affirmer leur supériorité, dans la bonne humeur bien entendu. Les dix-huit hommes au départ qui avaient défilé en bécane à l'ouverture, défilent à présent avec leur partenaire, sur le sulky. La tension est palpable sur la piste tandis qu'en tribunes, on se laisse aller aux commentaires, aux bruits sous la musique qui nous met en appétit. Aux noms irrésistibles de Bold Eagle ou Timoko, la foule s'emporte. Les cracks passent dans l'ordre des numéros et suivent le cheval couvert des étoiles américaines dans l'envie de décrocher la plus haute, la première marche du podium, tant convoitée. En effet, l'allocation du Prix d'Amérique Opodo s'élève à 1.000.000€, c'est la course la mieux dotée au monde. Les drivers saluent la foule, un petit signe pour certains, un geste pour soulever les foules pour d'autres. Une fois le défilé passé, les chevaux partent s'échauffer, c'est le canter, l'ultime moment avant la volte. Vincennes a les yeux rivés sur les écrans géants. Laurent Bruneteau donne de la voix, pour faire toujours plus vibrer le public. Ça y est, le départ est donné ! Je vis un très grand moment, pour la première fois je ne suis pas derrière un écran de télévision, c'est tout autre chose, les émotions sont décuplées. Le rythme cardiaque s'intensifie, je ressens alors une forme de bonne pression, c'est de l'adrénaline. Je commentais par ailleurs la course en direct sur l'application Periscope, avec un live photo et vidéo sur Twitter tout au long de la journée.

La course lancée, je vis mon rêve à fond, comme suspendu pendant trois minutes. Le public de Vincennes salue les champions quand ils passent devant les tribunes. Cette ovation que je n'ai connu qu'à travers des écrans, je la vis ! « L’Amérique » s'emballe, Timoko prend les choses en main, je donne de la voix. Les autres favoris sont dans le « wagon de trois », c'est-à-dire en troisième épaisseur dont Bold Eagle suivi d'Up and Quick. Mes yeux se baladent à une vitesse folle entre les réactions sur Periscope, la course et l'écran géant. Puis, les chronos s'affichent, je vois tout de suite que nous sommes sur les bases du record : Royal Dream a gagné l'épreuve reine, longue de 2 700 mètres, en 1'11''9, c'était en 2013. Bold Eagle s'est rabattu en pleine devant Timoko reconnaissable à son bonnet bleu. Le fils de Ready Cash, en rouge, impose un rythme très soutenu. Up and Quick est contraint d'avancer nez au vent et se retrouve en difficulté. Les speakers Anthony Roi et Pierre-Emmanuel Goetz donnent eux-aussi de la voix, comme les supporteurs autour de moi. Le jeune 5 ans déroule, Franck Nivard, son pilote en a plein les mains. Les « vieux » se lancent à sa poursuite, en vain. La ligne droite restera le moment gravé dans ma mémoire, j'avais l'impression de ne plus rien entendre. Ma voix me lâche quelque peu. La magie du Prix d'Amérique m'a touché en plein cœur. Les spectateurs viennent de voir une icône, un athlète impressionnant, très rapide et très dur à la fois. Bold Eagle s'empare de la couronne, pulvérisant le record (1'11'4). Franck Nivard laisse éclater sa joie. Je me dis alors : « On pourra dire qu'on l'aura connu. » Les superlatifs se suivent, les frissons me saisissent.

Le public est bouche bée, avant que le crack des cracks n'arrive devant lui, ce public est stupéfait. A peine réalise-t-on qu'on a vu un éclair. Je remets mes idées en place quand soudain j'observe une horde de journalistes, de photographes et de caméra-mans autour du cheval, déjà paré de la couverture Opodo destinée au gagnant. Son groupe de supporteurs rouge et noir exulte, ça y est, il l'a fait !

La pluie fine a fait son apparition sur Paris-Vincennes. Très vite, - ou plutôt ça passe très vite -, le tour d'honneur est effectué le long des barrières et le podium est mis en place. Voilà près d'un an que son entourage, l'entraîneur Sébastien Guarato, ses propriétaires Pierre Pilarski et Thomas Berneraud avançaient aux médias avoir un cheval de Prix d'Amérique. Leur vision s'est transformée en réalité ce dimanche 31 décembre. Pour Sébastien Guarato qui a perdu récemment son père, cette victoire est encore plus belle. Les réactions s'enchaînent. « J'espère qu'il va marquer l'histoire », lance son propriétaire, fou de joie dans la ligne droite, levant les bras à plusieurs reprises. Les réseaux sociaux s'emballent également #BoldEagle et dans différentes langues. "La Marseillaise" retentit alors, Pierre Pilarski savoure et lève à nouveau le poing. Enfin, encadrés par la sécurité, le driver puis le propriétaire entrent dans le hall bondé. J'en profite pour aller voir le deuxième, un peu abasourdit : « [Ce qu'il a fait] est énorme, c'est un très grand cheval », sourit Björn Goop, le Casque d'Or Suédois à propos de Timoko. La nuit tombe peu à peu et la journée se termine, des étoiles plein les yeux.

 

Pour revivre la victoire du phénomène Bold Eagle !

Publié dans Hippisme

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thierry béringuer 08/02/2016 07:42

merci de m avoir fait revivre meme pour un court instant a travers ces écrits ,cet émouvant moment de bonheur ...

Charles Lemercier 08/02/2016 10:21

Merci à vous pour votre chaleureux commentaire ! C'est pour faire partager ces émotions que j'écris. Quel bonheur en effet que ce Prix d'Amérique...