PMU, Equidia : revenir à des choses simples

Publié le par Charles Lemercier

Couverture d'Equidia Live. La chaîne doit redevenir le rendez-vous des passionnés.

Couverture d'Equidia Live. La chaîne doit redevenir le rendez-vous des passionnés.

Les paris hippiques enregistrés en France par le PMU ont reculé de 4,4% au premier semestre 2016. Dans son communiqué, le deuxième opérateur mondial de paris explique ce résultat inquiétant par le climat économique et social du pays. Les attentats et la météo sont également évoqués. Les enjeux français avaient reculé de 2,9% en 2015 et de 6,3% en 2014. A chaque fois, les mises collectées à l’étranger ont permis de limiter les dégâts et de nuancer le bilan (+14% en 2014, +11% en 2015, +35,2% au premier semestre 2016). Le déclin est palpable. Du côté des professionnels, la hausse de la TVA et la concurrence étrangère sur notre sol, notamment italienne et scandinave au trot, ne fait qu’empirer leur situation, directement liée aux paris hippiques. Leur source principale de revenus vient des allocations, distribuées par le PMU. 854 millions d’euros ont ainsi été reversés en 2013 aux éleveurs, propriétaires, entraîneurs et jockeys/drivers d’après Le Figaro. Au trot, où près de 11 000 courses sont disputées chaque année, seuls 20 entraîneurs sur 1 645 en activité ont bénéficié de 20% des allocations offertes en 2015, indique Paris-Turf. Une concentration de gains qui pousse les plus en difficulté à arrêter le métier.

Retransmission, vecteur de passion

La chaîne Equidia, née de France Courses en 1999, est – ou était – le rendez-vous des turfistes, passionnés et professionnels. Il est de plus en plus courant d’entendre la lassitude voire de sentir un brin de colère chez les passionnés à propos de ce qui était leur moment quotidien. Les réunions (journées de courses, souvent 7 à 9 épreuves au programme) se sont multipliées ces dernières années. Les courses en matinée, tel que « Deauville Midi » dès 10h50, lancées en 2007 ont donné une première tendance. Cet horaire oblige les turfistes à venir tôt. Or, le public familial aime venir passer un après-midi (de 14 heures à 18 heures) sur les champs de courses. Du point de vue de la retransmission, le « Multiplex » naissant d’Equidia ne posait pas de soucis et laissait encore de la place au plateau et donc à l’analyse. En effet, le temps accordé au replay, les derniers 1 000 mètres par exemple ou dans une journée d’obstacle à Auteuil, l’expertise d’un œil avisé comme celui de l’ancien jockey Dominique Vincent, était appréciable. Le plateau représentait un lien entre spectateur/parieur et commentateur/voltigeur sur place. Dans le cas des nocturnes à Vincennes l’hiver et à Cabourg l’été, le journaliste en plateau recevait des professionnels qui faisaient l’actualité (entraîneur en forme, passage dans le rang des professionnels) ou qui avait marqué la soirée (Jean-Michel Bazire après son coup de six). Notons qu’un plan d’économie a limité la présence de journalistes sur le terrain pour un commentaire en studio en ce qui concerne les courses de province, une des raisons pour lesquelles 57 journalistes d’Equidia ont signé une lettre ouverte fin 2015 dans Paris-Turf.

Trop de courses tuent la passion

La multiplication des courses contraint Equidia à passer rapidement d’une course à l’autre, d’un pays à l’autre, au détriment de l’analyse, de la note, de l’interview à chaud ou encore du retour aux balances. La croissance exponentielle des épreuves l’oblige de temps en temps à couper l’écran en deux fenêtres – parfois pendant l’épreuve – car un parieur doit pouvoir se projeter dans la course suivante au moins dix minutes avant son départ.

Puis, la multiplication des courses par la croissance folle des réunions forme des pelotons de taille réduite qui pèsent sur le spectacle et les enjeux. Les courses – notamment à l’étranger (Chili, Australie, Autriche etc.) – qui s’invitent dans la grille française d’Equidia permet de combler (en partie ?) les pertes détaillées précédemment. La compensation entraîne un dégoût supplémentaire, c’est donc un cercle vicieux.  Le temps d’analyse et de reprise des événements de la semaine que proposait L’Equipe 21 quand elle diffusait le Quinté+ marchait par ailleurs très fort. « Dommage que ça se soit arrêté, on faisait de superbes audiences », confiait France Pierron après une conférence à l’École Publique de Journalisme de Tours.

L’horaire de la course événement, le traditionnel Quinté+, doit être repensé. Comment peut-on fidéliser un public avec 13h47 comme « point d’orgue » ? Une heure pile comme 14 heures est plus facilement mémorisable. Le Quinté doit être un point fixe, un repère et à terme une habitude à prendre.

Les courses à l’étranger - à l’exception des rendez-vous incontournables tels que Meydan, Ascot, Cheltenham ou Solvalla – doivent être corrigés. Ils ne peuvent être supprimés et la création d’un autre canal pour libérer Equidia Live serait mortifère bien qu’il serait agréable de retrouver trois voire quatre réunions par jour. Suivre les courses prend du temps, prendre des notes et faire le papier aussi, parier doit rester un plaisir. Mis à part les commentateurs, le plateau, avec autant de courses, met en avant une présentatrice et non plus un ou une journaliste. Annoncer rapidement une arrivée chiffrée et partir directement vers un autre rendez-vous n’accroche pas les passionnés, encore moins un néophyte curieux aventuré sur la chaîne. Par ailleurs, le dispositif d’Equidia Life pour les grands événements du calendrier est à saluer pour sa pédagogie. Partir aussitôt l’arrivée d’une épreuve en faisant le plus vite possible n’est plus tenable. Prendre le temps ou plutôt retrouver le temps pour analyser, décrypter et donner une note doit redevenir une priorité. Passer du temps avec les professionnels – qui doivent jouer le jeu – est primordial, cela permet d’intéresser et de garder devant l’antenne le turfiste qui attend l’indication pour décider son jeu. Enfin, intéresser un jeune public aux courses est un défi considérable pour renouveler la génération du déclin. Le marketing commun des courses hippiques, bien que perfectible, apporte quelques signes d’espoirs. Les PMU City ou encore l’élan numérique que les courses (Le Trot, France Galop, Paris-Turf, Equidia notamment) ont pris via les contenus vidéo notamment montrent que l’on peut associer hippisme et modernité.  

 

Publié dans Hippisme, Idées - Humeur

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