Le Prix d’Amérique vu par Le Monde en 1976

Publié le par Charles Lemercier

Au lendemain du Prix d’Amérique 1976, Le Monde laissait de la place dans ses feuilles à l’hippisme. Dans l’article intitulé « Un cheval pour cardiaques », l’excellent Louis Déniel nous replonge dans l’exploit de Bellino II.  

L'article de Louis Déniel dans les archives du Monde (1976)

L'article de Louis Déniel dans les archives du Monde (1976)

C’était au temps où Le Monde consacrait de la place de manière quotidienne aux courses hippiques avec le résultat du tiercé. Le journal traitait de temps en temps les courses en longueur pour conter un exploit ou faire écho à des événements telle que la rénovation de Longchamp. Louis Déniel, le journaliste maison spécialiste du domaine en parlait avec ferveur. Sa jolie plume était mêlée à des au parlé d’un parieur lambda. Ce mélange savant donnait aux courses leur simplicité et leur popularité d’antan. Louis Déniel a par ailleurs écrit « L’hippisme en rose » dans Le Monde en 1983. Il y fait la description d’une époque glorieuse. Le papier commence ainsi : « Les courses se socialisent. »

Passion et paris

« Prix d’Amérique sans passion : Bellino II l’écrase ». Louis Déniel surprend d’entrée. Son attaque pourrait sortir de la bouche d’un passionné quittant l’hippodrome de Vincennes le dimanche 25 janvier 1976, déçu par le manque de suspense. Le journaliste hippique nuance son propos en comparant Bellino II à un monument qu’il « faut voir ».

L’exploit du cheval qui enlève son second Prix d’Amérique (un troisième en 1977) brièvement racontée, le journaliste évoque directement les rapports. Le public qui joue, large dans les années 1970 à 1990, est intéressé par les gains éventuels. Louis Déniel souligne avec insistance que le favori de Vincennes ne permet pas de gagner beaucoup d’argent. Dans une courte théorie sur les côtes, il regrette ne pouvoir « toucher plus de 1,10 F ». Une situation comparable avec un phénomène des années 1950, Fandango, qui aux mains de Michel-Marcel Gougeon a remporté trente-quatre courses d’affilée. Pour la petite histoire, « Minou » Gougeon était le frère cadet de Jean-René Gougeon, lui-même driver de Bellino II). Le journaliste du Monde raconte ensuite l’histoire d’un joueur qu’on qualifierait de « flambeur » aujourd’hui. « Jouer Fandango était la meilleure affaire des courses. Chaque fois que le champion devait courir, il venait jouer le contenu d’une petite mallette pleine de billets, au bureau du P.M.U. de la place Victor-Hugo, à Paris. La trente-cinquième fois, il y avait quelque 20 millions de francs de l’époque (en pouvoir d’achat, environ 700 000 F actuels) dans la mallette. Et ce fut le jour où Fandango […] connut la défaite. On n’a jamais revu, dans un bureau de P.M.U., le joueur à la petite valise, dont l’identité, au demeurant, n’a jamais été percée », contait-il d’un ton grinçant. Il démontre par cette histoire sympathique que les courses ne sont pas une science exacte, « la certitude hippique a des limites », dans ses termes.

Le suiveur avisé des courses termine par un long développement usant des termes mélioratifs emprunts à un vocabulaire aujourd’hui introuvable : « Il faut jouer des épaules autant que des sabots » ou « Clissa enfin, la belle, l’aérienne Clissa. […] Elle a trop de grâce, trop d’élégance, trop de race. […] Elle serait l’imbattable généralissime d’une guerre en dentelle. » La conclusion est une résonnance à la parenthèse imagée du parieur vénal dans une époque faste où les champions se succèdent : « Allons, vous pouvez préparer votre petite mallette. Choisissez la tout de même du plus mini-format, et n’oubliez pas tout à fait Fandango »

Publié dans Hippisme

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