Michel Der Zakarian, puissance 4

Publié le par Charles Lemercier

♦ Après 4 années de bons et loyaux services, "MDZ" quitte le navire nantais avec une certaine émotion. (©FC Nantes)
♦ Après 4 années de bons et loyaux services, "MDZ" quitte le navire nantais avec une certaine émotion. (©FC Nantes)

L’entraîneur du FC Nantes, Michel Der Zakarian, n'a pas été sollicité par sa direction pour effectuer l'année du quinquennat. Bilan de ses quatre années à la tête du groupe jaune et vert.

L'histoire débutait en 2006 avec les Jaune et Vert, installé comme entraîneur en 2007, « MDZ » permettait de faire remonter le club en une saison dans l'élite avant d'en être remercié rapidement par Waldemar Kita. Nantes entamait en 2012 sa quatrième saison dans l'antichambre du football français, le Président Kita faisait alors appel au « sauveur » Der Zakarian pour permettre de faire monter à nouveau les canaris en Ligue 1. Emmenés par leur buteur serbe Filip Djordjevic, les Nantais bataillaient tout au long de la saison avec Monaco, Guingamp et Angers pour croire en leur rêve. Premiers en novembre après une victoire sur leur voisin angevin (1-0), les joueurs de Michel Der Zakarian ont su être solide tant à domicile qu'à l'extérieur à l'image de la victoire chez le leader Monaco (0-2). La fin de saison est haletante, Angers et Caen sont des prétendants dangereux pour la monté. A deux journées de la fin du championnat, les Canaris s'en vont battre Malherbe, alors quatrième à trois points des Jaunes, grâce à son buteur serbe et un Rémy Riou des grands soirs. L'octuple champion de France décroche son ticket pour l'élite le vendredi 17 mai 2013 en battant Sedan d'une longueur. La soirée aurait pu être catastrophique puisque Lucas Deaux prenait très vite un carton rouge. Finalement, Florentin Pogba marquait contre son camp en seconde période et faisait ainsi exulter la Beaujoire. Le terrain fut envahi d'une marée jaune et verte, enchantée et positive. Le club termine troisième, doublé lors de la dernière journée par l'En Avant Guigamp. Anecdotique au regard de la 9ème place lors de la saison 2011/2012.

Bien plus qu'un maintien

La Ligue 1 dans laquelle le FC Nantes a évolué de 1963 à 2007 sans interruption retrouve son club historique bien changé. Les joueurs encore galvanisés de la remontée partent sur les chapeaux de roues à commencer par une victoire sur Bastia, 2 buts à 0, qui sera au terme de longues tractations à la Ligue annulée sur tapis vert. Djordjevic ouvrait la marque au face à face avec un certain Mickaël Landreau. La tribune Loire se faisait alors remarquer pour son ambiance prometteuse. Le stade est comble pour la réception du Paris Saint-Germain. Défaits 2 buts à 1, les Nantais ont su inquiéter les joueurs de Laurent Blanc. Dans leur objectif du maintien, les Jaune et Vert engrangent rapidement des points et cela passe par des victoires à domicile contre Sochaux (1-0) Nice (2-0) ou Evian (3-0). Le panache des joueurs de Michel Der Zakarian leur permet de s'imposer lors des retrouvailles avec le voisin rennais, fin septembre sur le score de 3 buts à 1 et ce à l'extérieur. Le derby tant attendu par les supporters tourne rapidement à l'avantage des ligériens par l'intérmédiaire de Djordjevic – encore – puis Gakpé. La fête se clôture par un but atypique de Lucas Deaux.

Le public pousse les joueurs à l'image du match à domicile contre Lille. Nolan Roux permettait au LOSC de gagner sur un but hors-jeu. La tribune Loire restait chanter après le match pour encenser ses valeureux joueurs. Leur mérite est justifié par l'interdiction de recrutement adressé au club pour un an et demi. Michel Der Zakarian a dû composé son effectif avec les joueurs de la montée ainsi que des joueurs libres comme Bedoya.

Le « derby de l'Atlantique » opposant Nantes et Bordeaux met en lumière la grinta des canaris. Une nouvelle fois à l'extérieur, Nantes brille par trois réalisations sans prendre de but cette fois. Plus de 2000 supporters avaient fait le déplacement. La défense de fer, bien que néophyte à ce niveau, composée par Papy Djilobodji et Oswaldo Vizcarrondo, est solide. Elle est bien aidée par Olivier Veigneau et Issa Cissokho qui se révèlent comme de bons latéraux, généreux dans les efforts et performants. « MDZ » impose la contre-attaque comme système de prédilection, le jeu vers l'avant est rapide et efficace surtout à une touche de balle. Dans les situations chaudes, le renard des surfaces Filip Djordjevic est omniprésent.

La forme redescend pour le FC Nantes en hiver, malgré quelques coups d'éclat notables comme la victoire au Vélodrome en décembre (0-1), les défaites s'enchaînent. Comptabilisé avec ses 3 points pris contre Bastia, le club a pointé un temps quatrième et cinquième déjouant les pronostics mais termine – officiellement – dixième à la trêve. La deuxième partie de saison est plus compliquée et le compteur n'accroît plus aussi rapidement. A l'occasion des 15 ans de la Brigade Loire, le FC Nantes dispute le derby retour contre le Stade Rennais, celui-ci signe un cinglant 3 buts à 0. L'ambiance, de son côté, reste extraordinaire. Elle est permise par le travail de la Brigade Loire (BL99). En effet, ses chants sont variés, puissants et durent le temps d'un match entier.

La longue méforme se suspend quelque peu en fin de saison. Les joueurs de Der Zakarian emmenés par un Serge Gakpé en très grande forme finissent bien à l'image du 6-2 à Valenciennes. En effet, l'attaquant franco-togolais a marqué contre Guingamp (33ème journée), Valenciennes par deux fois (34ème), Marseille (35ème) et enfin Saint-Etienne (37ème). Michel Der Zakarian a pu maintenir ses hommes en les classant à la 13ème place à égalité de points avec le Stade Rennais (46 points). Toutefois, le club aurait clôturé sa saison à la 8ème place avec les fameux « 3 points ».

Le parcours est beau en Coupe de la Ligue puisque Nantes sort de la compétition en demi-finales face au PSG (1-2), après un match fou en quarts contre Nice (4-3).

Du simple au doute

La saison 2014/2015 de Michel Der Zakarian est plus difficile. Toujours sous le coup d'une sanction, le club recrute uniquement Kian Hansen, un solide milieu de terrain et le « 9 » transparent Itay Shechter. Le buteur serbe s'en est allé pour la Lazio Rome. Son « remplaçant » a été découvert dès la première journée de la victoire contre Lens. Le coaching impeccable de l'entraîneur franco-arménien permet au passeur Johan Audel et au surprenant buteur Yacine Bammou de prendre l'ascendant au tableau d'affichage 32 secondes après leur entrée en jeu. Le départ de la saison n'est pas mauvais mais plutôt lent. Le leader naturel au milieu, Jordan Veretout, confirme les bons espoirs portés en lui. Le match référence est celui contre Lyon (1-1) en septembre. Les Canaris jouaient vite et juste. Dans cette belle rencontre, le très doué Georges-Kévin N'Koudou faisait impression, lui qui était déjà entré en jeu la saison précédente et dans les matches de coupe. Il marquait un très joli but à Guingamp le match suivant lors de la 9ème journée. Le club pointe jusqu'à la 5ème place après sa victoire sur Caen (13ème journée) mais les fluctuations dans le ventre mou sont importantes.

La défense est toujours un point fort mais l'attaque est en crise, menée par le très décevant Bangoura à cette partie de l'année. Les quelques pirouettes de Bammou donnent du baume au cœur au public jaune et vert en décembre. Une longue traversée du désert au début d'année 2015, chiffrée à 6 matches sans victoire, donne plusieurs matches très pauvres. Nantes enchaîne le bon et le moins bon au printemps. Les derbys sont ternes, à l'aller comme au retour le résultat est nul contre Rennes. Notons que le FCN a surpris l'OM en changeant son système. En effet, Michel Der Zakarian est passé en 4-4-2 avec un milieu en losange. Gakpé, muet cette saison était le buteur ce soir-là.

Les Jaune et Vert terminent la saison en 14ème position avec 45 points. Un maintien une nouvelle fois assuré par « MDZ » qui devait pérenniser le club à ce niveau.

Der Zakarian passe la quatrième

Le coach et ancien joueur de la maison jaune entame sa quatrième et dernière année sur le banc nantais. L'objectif d'un « Top 10 » est soufflé avant de débuter ce troisième acte dans l'élite. L'interdiction de recruter est levée et le mercato dans la capitale ligérienne s'active. Serge Gakpé, Papy Djilobodji, Vincent Bessa, Issa Cissokho, « GKN » ou encore Jordan Veretout quittaient le club. C'est une partie de l'effectif qui a connu la remontée qui s'en va. Ces joueurs ont compensé par l'énergie et l'euphorie de la montée leur méconnaissance du championnat à ce niveau. Une nouvelle page s'écrit alors avec des arrivées comme Sightorsson, Adryan, Thomasson, ou Sala pour dynamiser le secteur offensif. En défense, la direction s'est tourné vers Lorik Cana pour l'expérience. La saison 2015/2016 débute une nouvelle fois par une victoire. Les derbys contre Bordeaux puis Rennes sont perdus. Le potentiel semble être là mais il est encore peu exploité. A la surprise générale, les canaris s'en vont battre Lille chez eux en octobre dernier. Jules Illoki était le buteur, un apport de fraîcheur et de vitesse dans les rouages nantais. L'espoir est entier quand Nantes bouscule le Paris Saint-Germain – au moins en première période – avec un Bammou retrouvé. La sentence est lourde en seconde période avec 4 buts encaissés. S'en suit un déplacement périlleux à Nice qui corrige ses adversaires en ce début de saison (Bordaux a perdu 6-1 à l'Allianz Riviera le match précédant). A 2-2, le match est interrompu puis reporté. Il donnera finalement une victoire nantaise 2 buts à 1 avec un premier but de son espoir Sightorsson pour porter haut l'attaque nantaise. Son transfert porté à plus de 3 millions d'euros ne porte pourtant pas suffisamment ses fruits. La révélation vient du milieu de terrain avec un Valentin Rongier impérial dans la conservation et l'orientation du ballon. Il gratifie cet ensemble positif par un bijou contre Troyes. Il se blesse malheureusement gravement ensuite. Un coup dur pour le milieu nantais. Battu par Marseille, Montpellier puis Monaco, le FCN enchaîne ensuite les nuls jusqu'à la trêve.

Une pause marquée par l'arrivée de Guillaume Gillet, l'homme fort vu comme le « monsieur plus ». Il débute lors de la 20ème journée et ne connaîtra la défaite que 9 rencontres plus tard lors du cinglant 4-1 au Roazhon Park. La très belle série nantaise a donné de l'air au classement et remplit l'objectif initial. L'Islandais K.Sightorsson, offrait la victoire face à Saint-Etienne pour le premier match de Gillet. Cependant, c'est « Emi » Sala qui a tenu la barre en attaque à l'image de son doublé contre Angers (2-0) pour rebondir après la désillusion à Rennes. La défense n'est plus rassurante tant Cana et Vizcarrondo ont alterné le bon et le moins bon. Les défaites criantes à domicile – qui plus est – contre Lille (0-3) puis Montpellier (0-2) le montrent encore. Mais l'espoir est toujours de mise et c'est contre l'OGCN que les Jaunes se relancent à la maison en multipliant les occasions. Le potentiel est bien là, l'envie retrouvée. Nice est l'équipe qui a le plus réussi aux canaris depuis leur retour en Ligue 1. Ce match succédait la déclaration solennelle de Michel Der Zakarian suite au nul 1-1 au Vélodrome, annonçant qu'il ne serait plus l'entraîneur du FC Nantes la saison prochaine. Avec une certaine émotion, il laissait entendre que le Président Kita ne l'avait pas sollicité pour prolonger l'aventure.

La montée, la pérennisation du club dans l'élite et quelques résultats en coupe laissent un sentiment de satisfaction mais presque d'inachevé. Son travail a été remarquable compte tenu d'un effectif originaire de Ligue 2. Les compositions et les choix peuvent être discutés lui qui a longtemps tergiversé entre le 4-2-3-1 et le 4-3-3 voire le 4-4-2. Il n'était pas non plus adepte des changements, qui auraient été parfois nécessaires. Il a quand même intégré des jeunes avec du potentiel comme Alegue ou Niane.

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