Un manifeste pour les courses hippiques

Publié le par Charles Lemercier

EpiqE, la nouvelle marque des institutions pour donner un second souffle aux courses hippiques

Le 4 avril dernier, le Marketing Commun des Courses (MCC) a réveillé la sphère des courses hippiques. Le groupe de travail réunissant plus de 50 personnes d'horizons divers au sein du monde hippique à savoir le PMU, Le Trot, France Galop, Equidia et la Fédération. Le travail débuté en février 2015 aboutit à la création d'un marque : EpiqE (écrite EpiqƎ). Cette volonté des différentes institutions de marcher dans la même direction ne peut être que positive. Les courses hippiques traversent une période rude et n'attirent, malheureusement, plus les foules. Le constat est sans appel lorsqu'on peut lire que seuls 7% des Français s'y intéressent. Les générations passionnées ne sont pas renouvelées par un engouement des jeunes. Ceux-ci trouvent les courses de chevaux « ringardes » ou « sans intérêt ».

Le tableau n'est pas tout noir, c'est une sortie qui attire quelques curieux mais qui n'en feront sans doute des suiveurs assidus, turfistes ou passionnés. La curiosité d'une famille ou d'amis lors d'un week-end n'implique pas un renouvellement régulier de l'expérience. Ils sont amusés de petits paris et de la beauté de son spectacle sans pour autant connaître ses caractéristiques, comme « parier sur le gris », « miser sur le jaune et vert » ou « jouer les noms amusants ».

Seule l'envie de gagner un peu d'argent – ou presque – tel un pari sportif motive certains, sans franchir le pas pour autant. L'éphémère espoir d'attirer l'attention du grand public sur les équidés s'est traduit par la tentative de triplé historique de Trêve dans l'Arc de Triomphe. M6 avait diffusé un sujet sur la championne lorsque TF1 avait préparé un sujet qui n'a pas été diffusé suite à « l'échec » de sa majesté Trêve (4ème de Golden Horn - http://jeunedu21eme.over-blog.com/2015/10/golden-arc.html). Ensuite, Bold Eagle a capté l'attention et en particulier sur les réseaux sociaux à l'occasion de son sacre dans « l'Amérique ». On se souvient que BFM TV avait couvert l'événement – près de 580.000 téléspectateurs pour la course phare – et retransmis la Triple Couronne.

Il y a un double enjeu, il faut stimuler le grand public en faisant la promotion d'un spectacle avant tout et aussi de l'inviter à parier, pour s'amuser. En parallèle, il faut « combler » les passionnés et les turfistes. On peut aimer les courses sans y jouer et inversement lorsqu'on ne cherche que le gain.

Le déclin des courses se chiffre en terme d'enjeux, et d'envie ! La notion « pas la foule des grands jours » exprime très bien la situation des hippodromes français. Quant à ceux de nos voisins transalpins, ils sont au bord du gouffre. Je situe cette perte d'engouement au début des courses dites en matinée, « les gens aiment venir après manger pour rester l'après-midi, pas pour partir à 16 heures », confie un ancien professionnel. La multiplication des réunions et notamment étrangères permet de combler les manques d'enjeux sur les courses nationales mais contraint Equidia a réduire le temps d'analyse. La rediffusion des mille ou cinq cents derniers mètres est devenue plus rare. « Je ne suis plus que les réunions de gala et je joue beaucoup moins qu'avant », affirme Daniel, un turfiste qui ne se rend plus que très rarement sur les champs de courses. La restriction du dispositif, l'affichage des côtes pour la course suivante pendant une épreuve ou la double-fenêtre, comme celle lors du Prix de l'Union Européenne en 2015, font réagir.

Marketing Commun des Courses, pour ou contre ?

Pour ma part, je vois d'un très bon œil la diffusion du Quinté+ par le Groupe TF1. Il est évident que les néophytes ne vont pas se diriger d'un coup d'un seul vers Equidia. De plus, tous ne reçoivent pas forcément la chaîne dédiée aux courses, même certains passionnés, c'est le cas de retraités par exemple. La diffusion sur LCI est un bonne chose bien que l'audience du canal 26 de la TNT ne soit pas pléthorique. Au-delà de l'affichage des côtes utiles aux joueurs, c'est l'occasion d'expliquer des termes comme « handicap » dès le premier jour à Enghien ou « autostart » à Vincennes. Bénédicte Le Chatelier, présentatrice du 12/14 en semaine, a rappelé lors du live Facebook – précurseur – que le but était de vulgariser les courses pour les rendre plus accessibles.

Sous la marque EpiqE, des changements ont eu lieu comme la modification de l'heure de départ de la course événement. Je suis plus favorable à des « comptes ronds » pour permettre au grand public de se fidéliser au rendez-vous. Se donner rendez-vous à 13h43 sur LCI pour une course à 13h47 n'est pas très parlant. Ensuite, les institutions ont fait le choix de créer les EpiqE Series. C'est-à-dire une sélection de 14 épreuves de trot et de plat qui servent de tremplin vers les courses mythiques que sont les deux précités. Qualifié par la marque de « circuit des plus belles courses de chevaux en France », l'obstacle et le trot monté n'ont pas été choisi par le MCC pour y figurer. Or, le Prix de Cornulier est l'équivalent du Prix d'Amérique au trot monté, c'est par ailleurs l'unique Quinté dans la spécialité. Les courses d'obstacle tels que le Prix du Président de la République, un handicap exceptionnel et le mythique Grand Steeple-chase de Paris sont écartés. On indique que ce choix permet de ne pas disperser les néophytes entre trot, trot monté, plat et obstacle. Toutefois, la chaîne traitera ces épreuves pendant trois quarts d'heure.

L'annonce la plus intéressante concerne la retransmission des Prix d'Amérique et de l'Arc de Triomphe sur TF1. La première chaîne de France permettra de donner un grand coup de projecteur vers le monde hippique. Un sujet sur l'école des courses hippiques y a été par ailleurs diffusé le 10 avril dans le « 20 heures ». Rappelons que ces dernières années, le Quinté était diffusé sur Canal+, puis France 3 et enfin L’Équipe 21 jusqu'au 31 décembre 2015.

Le Marketing Commun des Courses étudie 11 domaines pour séduire le grand public et donner un nouveau souffle aux courses hippiques. A commencer par la modernisation quelle ressorte de l'expérience vécue sur un hippodrome ou de la retransmission télévisée. Attendons les grands événements sur LCI ou TF1 pour voir ce qui a pu être apporté. Les technologies relatives aux courses ont été apporté par Canal+ avec la caméra embarquée sur le sulky, et le micro (casque, sans mauvais jeu de mot) ce qui donne des souvenirs mémorables comme le Prix d'Amérique 2004 de Jean-Michel Bazire avec Késaco Phédo ou la victoire de ce même JMB dans la Clôture du Grand National du Trot 2004. Les images dans les vestiaires sont une nouvelle idée signée Canal, vivre l'après-course dans l'intimité des champions salués ou arrosés par les copains, c'est génial. Les courses hippiques sont pionnières dans les retransmissions télévisées. Le Derby anglais est le premier événement filmé et diffusé, c'était en juin 1931 par la BBC. Nous pouvons également citer l'arbitrage vidéo qui ressort du travail des commissaires, avant-même le quatrième arbitre au rugby.

En caméra embarquée avec Jean-Michel Bazire, des souvenirs inoubliables

Le tracking est une autre technologie qui est susceptible d'être appliquée en France. C'est déjà le cas à Dubaï par exemple avec « Trakus ». Celui-ci donne les numéros et les casaques de l'ensemble des concurrents pour permettre aux turfistes de s'y retrouver plus facilement. Pour ma part, sa limitation aux trois premiers comme sur Equidia est préférable. Imaginez 18 icônes dans une course à 18 partants... Laissons plutôt place à l'image en haute définition avec ses commentaires vecteurs d'émotions.

Le MCC soulève les difficultés pour les turfistes débutants de comprendre les programmes et avoir un meilleur accès aux informations, en effet pas simple de s'y retrouver avec du « 3s 5h 5h (15) 0h » lorsqu'on souhaite se prêter au jeu (ici, par exemple : 3ème en Steeple-chase, deux fois 5ème en haies et non-placé l'an dernier en haies). Je soumets quelques idées à ces différents problèmes. Afin de guider le néo-turfiste, il faut le toucher en dehors de l'hippodrome et pour qu'il soit jeune sur les réseaux sociaux. Toutefois, des contraintes doivent exister vis-à-vis de l'Arjel (Autorité de régulation des jeux en ligne) et on ne peut inciter de manière si explicite les gens à parier. Dans l'expérience hippodrome, des bornes existent et parfois des hôte(sse)s circulent pour aider les nouveaux parieurs. Ce n'est pas le cas sur tous les hippodromes et notamment les petits champs de course. J'attends du MCC qu'il popularise des jeux phares, trois ou quatre afin de fidéliser ces personnes sur des sujets faciles à maîtriser : le Simple gagnant par exemple. Il faut également populariser le Spot Quinté pour montrer qu'il n'y a pas « d'effort » à fournir, pas de programme à étudier. Enfin, il faut soutenir un jeu comme le « 2 sur 4 » où amis et familles s'amusent et peuvent récupérer leur mise plus souvent.

Il faut commencer par briser les clichés

Pour sensibiliser une partie du grand public qui n'a pas forcément vocation à devenir turfiste, il faut insister grandement sur le spectacle des courses. Montrer en quoi ce sport est unique. Des vidéos YouTube explicatives par exemple comme Le Trot a réalisé avec « 5 minutes pour comprendre les courses de Trot » sont excellentes pour atteindre un public jeune. Je pense qu'il faut commencer par briser des clichés. Non, ce n'est pas de l'équitation comme on me le dit souvent. Non, le trot et le galop ne sont pas la même chose, sans pour autant déboucher sur les deux cultures différentes. Les anciennes publicités du PMU y ont contribué en mettant en scène des jockeys qui changent de voiture le gagnant de la tirelire. Les dernières sont plus intenses, elles montrent toute l'émotion que les courses procurent. Cependant, je regrette que le cadre ne soit pas tricolore. Il faut impérativement que les gens s'identifient et voient des trotteurs français (même chose pour « Au cœur de la course » sur LCI), à Vincennes. Puis, il faut utiliser des icônes pour contribuer à cette mémorisation, jeunes qui plus est. Introduire Pierre-Charles Boudot ou Mathieu Abrivard dans une publicité. La démarche des PMU City est positive, il faut continuer dans ce sens en dépoussiérant l'image que se font les jeunes des bars PMU sombres où les seuls turfistes sont âgés et y restent toute la journée. D'autres solutions existent, « il faudrait offrir le premier pari aux jeunes », soumet Laurent. Je soumets l'idée de se servir de personnalités passionnées en dehors du sport comme Erika Moulet ou Michel Denisot, leur influence peut attirer des curieux. Ensuite, il faut valoriser les circuits comme le Trophée Vert et le Grand National du Trot, qui font venir du monde aux courses. Une transparence totale est aussi de mise pour cesser de voir les commentaires sur la façon dont les chevaux sont traités ou encore le dopage.

Pour conclure, il faudrait renforcer le lien entre les médias (de masse) et les courses. Dans son application, L’Équipe a une rubrique hippique par exemple. Peut-on rêver voir d'autres professionnels échanger de leur métier et de leur passion sur un plateau TV ou dans une émission de radio comme Jean-Michel Bazire a pu le faire par le passé ?

Publié dans Hippisme, Idées - Humeur

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