Le muet a fait du bruit à Vitré

Publié le par Charles Lemercier

Le théâtre muet découvert dans la mise en scène de Sylvain Fougères de L’affaire de la rue de Lourcine a conquis le public vitréen.  

Près de 300 spectateurs ont apprécié le muet au centre culturel de Vitré (©Charles Lemercier)

Près de 300 spectateurs ont apprécié le muet au centre culturel de Vitré (©Charles Lemercier)

« Remarquable », confie Alain, un vitréen qui n’a pas été au théâtre depuis une vingtaine d’années. Il a assisté avec toute sa curiosité à L’affaire de la rue de Lourcine, mise en scène par Sylvain Fougères, vendredi 24 février à Vitré (Ille-et-Vilaine). Cette comédie créée par l’Académicien Eugène Labiche en 1857 est ici adaptée aux années mille neuf-cent trente. Elle laisse place à l'enquête et au soupçon. Le bourgeois Lenglumé, incarné par son metteur en scène, se réveille avec la « gueule de bois » d’une soirée bien arrosée, comme un autre homme – plus modeste – Mistingue (Mathieu Dallongeville). Les brefs souvenirs sont diffusés en noir et blanc sur l’écran qui domine le haut de la scène. Norine (Emmanuelle Guesde), la femme du rentier, lit dans la presse qu’un meurtre avait eu lieu la veille, rue de Lourcine. Les effets personnels de la victime et notamment un parapluie vert sont en possession des deux hommes. Tout concorde. Ils vont se noyer dans l’alcool et tenter de cacher les preuves qui les incriminent à Norine et au domestique Justin (Laurent Grima) non sans difficulté. Le cousin de la famille, Potard (Rahouf Chelli), les aura un temps soulagés mais avouera qu’il blaguait. Les deux hommes se rendent compte tardivement que le journal est un vieux numéro…

Sylvain Fougères, metteur en scène (à gauche) dans le rôle de Lenglumé (©Charles Lemercier)

Sylvain Fougères, metteur en scène (à gauche) dans le rôle de Lenglumé (©Charles Lemercier)

Particularité, la pièce est jouée en muet ou plutôt à la manière des films muets. Une première. Les paroles les plus importantes ou les plus drôles sont inscrites sur l’écran qui longe le haut de la scène. Les acteurs se figent dans le noir le temps de la – courte – lecture. « En parlant, il y avait de l’ennui dans la mise en scène. Je trouvais l’action plus intéressante. Le muet est arrivé comme une blague car ce n’était pas une volonté au départ. Nous avons eu envie d’essayer et ça a plutôt bien pris, précise Sylvain Fougères. Nous nous sommes entraînés dans le silence complet, sans musique. » Celle-ci est essentielle à la compréhension de la pièce, « la musique devient les paroles du spectacle », ajoute-t-il. La gestuelle prend tout son sens. Le muet permet au public de focaliser son attention sur les gestes, les mimiques ou encore les traits du visage. Un ami d’Alain davantage habitué au centre culturel Jacques Duhamel, Gérald, retient l’absurde, cette force du muet et l’intensité de la pièce riche en mouvements, courses et même en quelques danses. « Je regrette toutefois qu’elle se termine rapidement, j’aurais voulu en voir plus », nuance-t-il.  

Les comédiens ont donné une vingtaine de représentations au Comédie Nation

Les comédiens ont donné une vingtaine de représentations au Comédie Nation

Autre première, la troupe issue de l’école de théâtre Artefact (Paris) ne s’était jusque-là jamais produite en province. « J’ai grandi à Vitré. Revenir dans la ville où j’ai passé près de 19 années me tenait à cœur. », explique le metteur en scène et acteur principal, acclamé par le public. Les comédiens, habitués à la Comédie Nation à Paris dans laquelle ils étaient programmés d’octobre à décembre 2016, ont dû s’adapter à la salle bretonne et créer de nouveaux décors.

L’événement a été motivé par les jeunes bénévoles du Don Jigi Fest, un festival électro désormais bien ancré à Vitré dont la sixième édition aura lieu en avril. « J’ai quelques amis dans l’association. Ils cherchaient un événement, j’ai sauté sur l’occasion », poursuit Sylvain Fougères. Les deux forces en présence divisent les recettes en deux. Près de 300 spectateurs mêlant enfants comme seniors se sont déplacés. L’acteur breton n’a pas manqué de saluer l’organisation « remarquable » de l’événement.   

Charles Lemercier

Publié dans Découverte

Commenter cet article