Bruno Le Maire, l'outsider

Publié le par Charles Lemercier

©LCP.fr - Bruno Le Maire se lance dans la course des primaires
©LCP.fr - Bruno Le Maire se lance dans la course des primaires

Fraîchement entré en campagne pour les primaires de la droite et du centre en vue des Présidentielles de 2017, Bruno Le Maire incarne la modernité du parti de l’opposition. Loin d'être favori, il se montre de plus en plus séduisant.

« Oui, je suis candidat pour devenir le prochain Président de la République française », Bruno Le Maire s'est lancé dans les primaires de manière officielle le 23 février dernier. Ses ambitions ne datent pas d'hier, l'officialisation n'était qu'une question de temps. Déjà en novembre 2014, lors des élections pour la présidence de l'UMP, Bruno Le Maire atteignait presque 30% des suffrages exprimés. Sa campagne ambitieuse a plu aux sympathisants, il termine toutefois loin de Nicolas Sarkozy, revenu en politique. Ce dernier atteignait 64,5% des suffrages exprimés, ce qui lui permettait d'être élu dès le premier tour. Dans la course aux primaires, Bruno Le Maire n'est pas en tête d'affiche. Barré par Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Le maire de Bordeaux étant considéré comme l'homme politique préféré des français avec 48% d'avis favorables, d'après l'enquête de l'institut Elabe publiée en octobre 2015. L'ancien Premier Ministre devance même « l'irrésistible » Emmanuel Macron (37%). Alain Juppé est conforté en janvier par un sondage Odoxa qui le révèle plus sincère que son rival (78% d'avis favorables contre 17% pour l'ancien Président), il serait également plus compétent et plus rassembleur. Derrière ces « ogres » de la politique française, Bruno Le Maire lance ses offensives en privilégiant le terrain et les rencontres. Il joue la carte de la proximité et sillonne la France : plus de 250 déplacements depuis 2013. Le verbe « sillonner » n'est pas prix à demi-mots, le député de l'Eure ne se limite pas aux métropoles et aux autres grandes villes mais se rend régulièrement dans des villes de densité (beaucoup) plus faibles telles que Sarreguemines, Ploemeur, Saint-Jean-de-Maurienne ou Egletons, pour ne citer qu'elles. Son annonce de candidature s'est tenue, par ailleurs, à Vesoul (Haute-Saône).

Autre atout, le « renouveau » de Bruno Le Maire prend du sens avec son âge. Né en 1969, il détient un avantage certain sur Nicolas Sarkozy (né en 1955) et Alain Juppé (né en 1945). « Quand on a été battu, on ne revient pas », lance-t-il dans une matinale à son Président de parti. Bruno Le Maire s'affiche droit et décontracté. Sportif et humain, Le Maire utilise un « je » de proximité avec les français, il écrit sur son site officiel être passionné de cinéma et aimer le groupe Fauve. Un groupe qu'il découvre par l'intermédiaire de ses enfants, sa famille prend une part très importante de sa vie. L'image est travaillée, il annonce sans cravate ses envies d'Elysée et est photographiée en jean sur Twitter. Les codes de l'homme parfait ou du gendre idéal comme on peut l'entendre de temps en temps, sont cassés. Presque « cool » sur les réseaux sociaux qu'il sait très bien manier. Ainsi, il stimule ses soutiens pour créer l'événement, avec par exemple le hashtag #AvecBLM. Les jeunes à ses côtés se révèlent efficaces pour rassembler, avec près de 4000 followers pour ne citer que le fameux réseau social avec 140 caractères.

L'expérience lui sera directement opposée bien qu'il fût Ministre de l'Agriculture de 2009 à 2012 et de l'Aménagement du territoire (à partir de 2010) sous la Présidence de Nicolas Sarkozy. Le diplomate français diplômé de Sciences Po, de l'ENA et de l'ENS a gardé la côte auprès des agriculteurs. Il participe en 2009 à l'appel des 20 États européens pour une intervention contre la crise du lait et l'effondrement des prix. Un an plus tard, son projet de loi pour moderniser l'agriculture avait été promulgué. S'il tient des arguments solides pour résister à la crise agricole, un électorat important peut se tourner vers lui. Il y a en France, Le député de l'Eure a par ailleurs, eu la casquette de Secrétaire d’État aux Affaires Européennes.

"Les Jeunes avec BLM" s'organisent...

Le renouveau en idées

L'ancien Ministre de l'Agriculture fait sans surprise une politique de droite, assumée. Il affirme ne pas vouloir revenir sur le mariage pour tous et son éventuelle abrogation comme Nicolas Sarkozy en a exprimé la nécessité. Cette mesure qui semble pourtant réclamée par une partie de l'électorat de droite. Comme Emmanuel Macron avec la gauche, Bruno Le Maire veut impulser une nouvelle donne. Son parti a donné une image déplorable avec l'opposition entre François Fillon et Jean-François Copé pour la Présidence d'une part, puis avec l'affaire Bygmalion d'autre part. « Le Renouveau » est le mot d'ordre pour lancer les hostilités contrer ses opposants. Le savant mélange entre conservatisme et fraîcheur. « Je veux tout réinventer », confie-t-il au Figaro Magazine. Le fidèle de Jacques Chirac, ancien directeur du cabinet de Dominique de Villepin poursuit : « Ce n'est pas l'intelligence en politique qui permet d'apporter des solutions aux Français, c'est le cœur ». Il a pour lui ses nombreuses rencontres avec les Français, parfois du monde rural qui n'attendent que des solutions. Ces Français blasés des effets d'annonce et qui savent apprécier l'écoute du candidat. Pas de programme officiel, mais des points auxquels le candidat est attaché. Il écrit sur son site (brunolemaire.fr) vouloir rétablir l'autorité de l’État, faire de l'éducation « notre » combat prioritaire et donner de la liberté aux entrepreneurs. Il ajoute : « Je veux redonner de l'envie, de la fierté aux militants et engager le renouveau. » Sa politique éducative est un point fort, un sujet sur lequel il s'est imposé dans le débat public et en particulier pour contrer le projet de réforme de la Ministre de l’Éducation Nationale. Le Maire souhaite valoriser les formations professionnalisantes et créer un « collège diversifié » comme il l'explique dans un entretien à Libération. Il martèle le message d'abandon de vouloir à tout prix amener au bac 80% des jeunes de chaque classe d'âge.

Attaché à la solidarité, il annonçait par exemple en septembre 2014 vouloir la participation de tous pour l'impôt. Les ménages les plus modestes donneraient 5 ou 10 euros. Une participation à l'effort national qui permettrait – espérons -, de soulager les classes moyennes et les travailleurs pauvres. Les Français les plus pauvres pourraient ainsi ne pas être gratifié de récolter les bénéfices sans contrepartie.

Les mesures chocs qu'il propose sont la privatisation de Pôle emploi et la suppression en dix ans d'un million de fonctionnaires, ces derniers déjà critiqués par le Ministre de l’Économie l'an dernier. Ce qui a provoqué un tollé.

La dynamique est en marche pour le candidat de l'Eure. Pour 43% des Français (et 55% des sympathisants Les Républicains), il représente « plutôt bien le renouveau ». Avec actuellement 11% des intentions de vote, insuffisants pour détrôner les favoris, Bruno Le Maire espère pour lui et pour l'intérêt des Français imposer le renouveau dans la France écœurée des représentants politiques.

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