« Faire un pas vers la vérité de l'autre »

Publié le par Charles Lemercier

« Faire un pas vers la vérité de l'autre »

Isabelle Le Callennec est députée d'Ille-et-Vilaine (Les Républicains). Engagée, passionnée et positive, elle rompt avec le faux-débat que propose l'Assemblée et ses clivages. Isabelle Le Callennec est à la fois conservatrice et ouverte, peut-être parce que la Bretonne convaincue a un parcours atypique. Selon elle, il faut « faire un pas vers la vérité de l'autre. »

3 mots pour qualifier votre fonction de députée ?

Isabelle Le Callennec : Passionnant, exigeant et à forte responsabilité.

Pouvez-vous présenter votre rôle de Députée ? Puis celui de Conseillère départementale de canton ?

I.LC : Un député vote les lois, contrôle le gouvernement et est animateur sur sa circonscription. Alors des lois on en vote régulièrement, trop (rires). Le rôle de contrôle du gouvernement c'est la traduction dans des séances de questions d'actualités le mardi et le mercredi après-midi, dans les questions écrites que l'on peut poser aux ministres. Quand au rôle d'animateur du territoire c'est tout ce qui concerne les échanges avec les acteurs locaux, les entreprises, les associations, et les citoyens. Il y a vraiment trois volets dans le rôle d'un député. Pour ce qui est de conseillère départementale du canton de Vitré, on est en binôme. Je suis avec Thierry Travers. Notre rôle est de représenter les habitants du canton et de siéger au conseil départemental. Ce conseil possède plusieurs compétences, la principale est la compétence sociale. On s'occupe de la petite enfance, des personnes âgées, handicapées, et des personnes en insertion. C'est plus de la moitié du budget du département. Les départements s'occupent des routes et aussi de culture, de sport, de tourisme. Mon rôle est également d'être force de proposition sur les compétences du département et de nous opposer à certaines politiques que l'on ne partage pas avec la majorité. Que ce soit comme députée ou comme conseillère départementale, je siège dans l'opposition, la minorité.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans ces fonctions ?

I.LC : C'est le fait d'essayer, d'améliorer la vie quotidienne des habitants de ma circonscription et d'être au cœur des décisions qui sont prises au niveau national. Sauf que, ça rejoint ce que je disais, quand on est dans l'opposition, on a bien du mal à se faire entendre. Ça n'empêche pas d'essayer de proposer, et de convaincre les autres qu'on a peut-être des sujets qui font consensus et qu'on les fasse avancer.

Quelle est l'atmosphère de l'Assemblée Nationale ?

I.LC : C'est comme une entreprise, avec tous les services de l'Assemblée. Il y a les services de la séance, avec énormément de fonctionnaires à l'Assemblée Nationale. Des personnes qui passent des concours pour être présents, ce sont des administrateurs qui sont là pour accompagner les élus dans leur travail de député. Vous avez des députés qui travaillent beaucoup, d'autres beaucoup moins. Des députés que vous voyez très présents, d'autres beaucoup moins. Vous en avez, et j'essaye de faire ça, qui sont à la fois à l'Assemblée Nationale et à la fois sur leur circonscription, d'autres qui sont que à l'Assemblée Nationale ou que dans leur circonscription. Chacun est très libre d'organiser son travail. L'atmosphère, je dirai qu'il évolue depuis que j'ai été élue en Juin 2012. Les premiers mois c'était très frontal ! Opposition, majorité. Mes collègues qui ont perdu les élections se sont trouvés moins nombreux, le groupe UMP était à l'époque majoritaire et quand on perd une élection, on devient moins nombreux, on a moins voie au chapitre, et on a plus présidence des commissions. J'ai senti des députés de ma famille politique tristes de ne plus pouvoir être dans l'action et dans la décision. Dans l'opposition, c'est ça que je juge très négativement, on a beau proposer y compris des amendements quand on vote des lois, parce que ça vient de l'opposition, c'est systématiquement refusé. Je trouve ça inadmissible. Quand je le dis, on me dit que c'était comme ça avant. Je réponds que ça peut changer maintenant si tout le monde est d'accord pour dire que c'est stupide. Changeons tous en même temps ! Quand je vous dis que les choses ont évoluées, c'est qu'on a appris à se connaître. Je sais qu'il y a de vrais clivages idéologiques entre la droite et la gauche notamment sur les questions d'emploi. Je le vois sur le dialogue social par exemple. Il y a des sujets qui font vraiment consensus, j'ai envie de dire allons-y votons ensemble. Il y a des clivages entre nous, ce peut-être assez violent dans ce que vous voyez vous : la séance des questions d'actualité, c'est symptomatique. L'opposition pose des questions gênantes aux ministres et la majorité des questions valorisantes, envoyées avant. Nous, l'opposition on ne dit jamais ce qu'on va poser. La rubrique des “cancres” (Le Petit Journal, Canal+) ne donne pas forcément une bonne image mais il y a des caméras partout, tout le temps. On est dans la communication, ça crée forcément des postures, des gens qui en rajoutent, des gens qui sont un peu théâtraux... C'est quand même très spécial. Moi, je rêve encore qu'on arrive à travailler différemment. J'ai pas observé qu'il y avait la volonté de travailler autrement. On m'avait dit “tu verras, tu t'y feras”, j'ai du mal à travailler comme ça, et je ne m'y fais toujours pas (rires). Peut-être un peu naïvement, je me dis qu'on pourra changer les choses. Moi, ça m'arrive de voter des amendements de socialistes, ça m'arrive de ne pas voter des amendements de mes collègues, parce que je ne le sens pas, je ne suis pas d'accord avec eux. Ça ne se fait pas il paraît...

Quel sentiment avez-vous sur le fait de pouvoir débattre avec les plus hauts représentants de l’État ?

I.LC : C'est intéressant, on a accès à eux, c'est très appréciable. On espère qu'ils vont faire un pas vers notre vérité. On essaye de faire un pas vers la leur. Cette semaine, on examinait la loi sur le dialogue social, j'avais cette chance d'avoir le Ministre du Travail en face de moi et de pouvoir lui dire des choses. Quand on va examiner une loi, j'aime bien faire un panel de gens qui sont concernés ici sur le territoire, les interroger et je suis le relais de ce qu'ils m'ont dit à l'Assemblée Nationale dans les séances. J'avais le Ministre sous la main, je pouvais lui dire “Sachez-que...”. C'est un privilège d'avoir accès aux personnes qui sont censés, je dis bien qui sont censés, prendre les décisions et les faire appliquer. Ce n'est pas du tout : “Je suis fière d'avoir rencontré le Ministre”. Pour moi, ce sont des gens qui ont la chance d'avoir le pouvoir et il faut qu'ils en fassent quelque chose.

Quels sont vos projets pour le Pays de Vitré ?

I.LC : J'ai travaillé 19 ans au près de Pierre Méhaignerie, son obsession c'était l'emploi, l'emploi, l'emploi. Mon obsession c'est l'emploi, l'emploi, l'emploi et la qualité de vie. La préoccupation majeure, pour votre génération aussi, c'est de travailler pour pouvoir s'assumer, fonder une famille, élever ses enfants. Être heureux quoi, c'est aussi bête que ça ! Il y a des gens qui naissent mieux que d'autres, et je pense que le rôle des élus locaux ou nationaux c'est d'améliorer la vie quotidienne. Dans le Pays de Vitré, on a la chance d'avoir un taux de chômage faible mais on a des entreprises qui sont opposés à la concurrence mondiale. On a quand même Texier, Noël, Gelhouen. Ça ne laisse pas indifférents les élus, on reçoit les familles. Moi j'ai été au chômage, on ne sait jamais si ça va durer 15 jours, 3 mois ou 2 ans. J'ai vraiment envie de me battre pour lutter contre le chômage, de faire en sorte que les jeunes qui naissent sur mon territoire ou les jeunes qui font leurs études repartent avec un maximum de chances dans la vie pour s'épanouir.

Quels sont les atouts du canton de Vitré ? Et du département ?

I.LC : Je pense que c'est son économie, la qualité de son travail, les salariés ici sont des gens qui ont le sens et les valeurs du travail. Les élus savent se parler pour soutenir les projets et les initiatives. C'est indéniablement Pierre Méhaignerie qui a instauré ça pendant 40 ans, nous en sommes les héritiers et il faut le maintenir. On est remarquablement placé, à l'entrée de la Bretagne. L'Ouest attire beaucoup, l'Ille-et-Vilaine gagne 10 à 12.000 habitants chaque année. La contre-partie, c'est qu'il faut organiser les services, trouver de l'emploi à tout le monde et respecter l'environnement. C'est un beau défi.

Quel est le problème majeur du département ? Du canton de Vitré ?

I.LC: Les entreprises sont soumises à la concurrence internationale, elles prennent de plein fouet les problèmes de compétitivité. Elles doivent l'être sinon elles ne font pas le poids face aux entreprises allemandes, britanniques ou autres. Ça veut dire de bonnes conditions, nous les élus on doit créer des conditions favorables au développement économique. Si on veut redistribuer de la richesse, il faut en créer. Texier, Noël ont subi la concurrence des pays du Sud-Est asiatique où on paye la main d’œuvre dix fois moins chère que chez nous. Nous, on bataille à l'Assemblée Nationale pour la baisse des charges, là on a du mal à se faire entendre. Toute hausse des charges pour les entreprises sont des risques de mettre en danger les entreprises : elles font moins de marge, elles investissent mois, elles prennent du retard sur leurs concurrents, elles perdent des marchés, et c'est du chômage. On a d'immenses atouts, mais il faut qu'on digère les crises agricoles. L'agriculture souffre, on s'est construit à partir d'elle. Il faut qu'on prenne de l'avance sur le numérique, et autre problème, nous sommes excentrés, plus l'Europe s'élargit, plus le centre de gravité s'éloigne. Les transports c'est primordial ! La Ligne à Grande Vitesse est importante, Notre-Dame-des-Landes c'est important. Tout ce qui désenclave est important ! C'est pour ça que l'écotaxe, on en voulait pas. Je crois en la capacité des Bretons à se relever les manches, souvent on leur appuie sur la tête et on ne leur facilite pas la vie.

Qu'est-ce que vous a apporté la mission de porte-parole de l'UMP ? Pouvez-vous parler de votre nouvelle casquette tenue avec Eric Woerth ?

I.LC : Faire connaissance avec le métier de journaliste, je l'ai exercé 6 mois, c'était passionnant ! J'ai appris à comprendre les logiques des journalistes, qui veulent des informations, qui veulent des réactions. Ils ont besoin d'avoir un son, une image, un écrit. Ils veulent que ça réagisse tout le temps et en continu, et ce depuis l'arrivée des chaînes de télévision continue. J'ai appris qu'il ne fallait pas répondre à chaud car avec la médiatisation, les réseaux sociaux, vous pouvez être caricaturé, mal compris car on va sortir une petite phrase de son contexte. Quand vous dîtes quelque chose de sympa sur le gouvernement et quelque chose de pas sympa, parce que vous êtes dans l'opposition, alors on retiendra la phrase pas sympa. Les gens vous disent après que vous êtes toujours dans la critique. C'est un métier qui n'est pas facile car les médias sont des entreprises en concurrence les unes avec les autres. C'est la course au scoop et en politique, ils aiment bien quand vous dîtes du mal de votre prochain. Je leur avais dis d'entrée qu'il ne fallait pas compter sur moi pour dire du mal de mes collègues de l'UMP. Ils iraient en chercher d'autres, ils trouveraient ! Ce que j'ai trouvé passionnant, même si c'était prenant, c'est de m'être intéressée à tous les sujets d'actualité. Quand vous êtes député, vous avez tendance à vous spécialiser dans votre domaine de compétence. Quand vous êtes porte-parole, il faut être au courant de tout. J'ai digéré des journaux, des revues de presse, ça m'a vraiment beaucoup plu. Marc Le Fur m'a demandé d'être son porte-parole pour la campagne des Régionales. J'ai été voir le Président Nicolas Sarkozy, il m'a déchargé de cette mission car c'était impossible de tout associer. C'est à ce moment là que nous avons créer Les Républicains. Il a chargé Eric Woerth de la rédaction du projet et il m'a proposé d'être son adjointe. Autre mission, passionnante aussi. On travaille sur des sujets de fond, sur les grands enjeux des Présidentielles à venir. Un projet qui soit une alternative au projet des socialistes, et au projet du Front National. C'est très intéressant.

Qu'est-ce qui vous motive à être aussi active sur les réseaux sociaux ?

I.LC : Quand j'ai été élue en Juin, j'ai dis que je rendrais des comptes aux gens qui m'ont élu et ceux qui ne m'ont pas élu d'ailleurs puisque j'ai fais 55% des voies au second tour. Des gens m'ont fait confiance sans jamais m'avoir rencontré. J'ai fais une campagne électorale mais il y a 120.000 habitants dans la circonscription, je ne les ai pas tous rencontré. Il y a des gens qui ont mis un bulletin Isabelle Le Callenec dans une enveloppe puis dans l'urne sans m'avoir rencontré, ceux-là je leur en suis recnonnaisante à vie, parce qu'ils ne me connaissent pas et ils me font confiance à priori, donc je ne veux pas les décevoir. Je leur rends des comptes. Ils ne m'ont pas fait un chèque en blanc. Je veux qu'ils sachent ce que je fais, ce que je raconte. Si je dis des bêtises, qu'ils me le disent. Pour ça, les réseaux sociaux sont parfaits. Il faut que j'aie un lien direct avec les gens car tout le monde ne lit pas le journal et pour ça c'est extra. Donc oui, je tweete. On vit des moments historiques avec la Grèce, je les partage. J'ai cette chance de représenter les habitants de ma circonscription, je veux être leur relais, leur dire ce qu'il se passe. Je me sens redevable. D'ailleurs les gens réagissent, on me dit : « Vous n'auriez jamais dû dire ça » et d'autres au contraire « Ah, vous êtes courageuse ». Je regarde les remarques qui me sont faites quand même et je me dis que j'ai été trop loin, ou que j'ai été mal comprise. C'est un bon moyen d’interactivité. Je crois que les citoyens ont besoin d’interactivité.

Comment organisez-vous vos journées, votre vie de famille, vos déplacements ?

I.LC : (rires) Je pars le lundi soir à Paris, je reviens le jeudi. Vendredi, samedi, dimanche, lundi je suis dans la circonscription. Le mardi, mercredi, jeudi c'est le travail parlementaire. Le mardi matin, on se réunit par groupe politique et on examine l'actualité de la semaine, les textes qui vont venir en débat. Sur le dialogue social par exemple, nous sommes 200 députés Les Républicains, j'ai expliqué à mes collègues quelles positions on va prendre. Ce qui prend du temps c'est la rédaction du projet avec Eric Woerth. Le Président Nicolas Sarkozy nous a demandé de travailler sur deux thématiques sur lesquelles on s'exprimera à la rentrée : Quels droits du travail faudrait-il pour libérer l'emploi ? L'autre thème est l'immigration, l'identité nationale... Je vais animer une séance sur la zone euro, ça me prend pas mal. On a des séances de nuit jusqu'à 1h du matin ! Le travail à l'Assemblée. Ici, en circonscription, je reçois des gens en rendez-vous, des associations, je me rends à des manifestations... J'essaye de me réserver du temps pour ma famille, j'ai un petit-fils, j'aime bien pouponner. Je m’octroie quand même des temps en famille et j'ai sanctuarisé une heure de squash par semaine. Je continue à faire de la compétition en squash. Ces déplacements sont préparées par mes assistants, c'est précieux.

Est-il difficile d'associer plusieurs rôles à la fois ?

I.LC : Je trouve que mes deux mandats sont très complémentaires. Je n'ai pas voté pour la loi contre le cumul des mandats. J'observe que certains ont voté la loi contre le cumul mais cumulent toujours, ça j'adore ! Je trouve qu'on est plus pertinent quand on a un mandat local pour exprimer des choses au niveau national. Des députés qui ne font que ça manquent de bon sens et de pragmatisme. Ils ne vivent pas les choses de l'intérieur. Je suis à la commission des affaires sociales et conseillère départementale, les compétences du département c'est le social, donc je m’enrichis beaucoup de mon mandat départemental qui me sert beaucoup au niveau national et inversement. C'est très complémentaire. C'est une question d'organisation.

Vous êtes née à Nantes, auriez-vous aimé représenter ses habitants et/ou le département ?

I.LC : Oui, oui, je suis très attachée à mon département d'origine. J'y vais souvent. Nantes est une ville qui a bien grandit, qui est dynamique. Mais je suis très attachée à Vitré. Je suis arrivée à l'âge de 2 ans à Rennes, j'ai grandi à Rennes. Je suis ensuite partie en école de commerce à Amiens. J'ai remarqué que lorsque quand on quitte la Bretagne, on ne réalise pas trop qu'on est breton tant qu'on ne l'a pas quittée. Dès qu'on la quitte, les autres nous le font remarquer.

Vous êtes selon François Fillon « très attachée à la Bretagne », comment auriez-vous dessiné la nouvelle carte pour notre région ?

I.LC : Lui qui est très ligérien, il ne comprend pas qu'on puisse reconstituer la Bretagne historique. Je n'aurai jamais laissé la Bretagne à 4 départements toute seule, car on recule en terme de PIB par habitant. C'est une occasion ratée. Il y avait deux autres solutions, la Bretagne à 5 départements : le retour de la Bretagne historique, avec un vrai sens. Je suis consciente que ça pose des difficultés aux Pays de la Loire. Ça donne des discussions animées avec François Fillon. On s'entend sur le reste mais pas sur la Bretagne, il est pas d'accord. L'autre était de marier Bretagne et Pays de la Loire, solution qui a des arguments. S'il fallait en retenir une ? Je suis pragmatique et réaliste. Il faut y aller par étapes. La loi a été votée et je crains qu'on y revienne pas tout de suite. On laisserait la possibilité à la Loire-Atlantique si elle le souhaite de nous rejoindre. C'est un choix des ligériens, des habitants et élus de Loire-Atlantique. La Bretagne à 5 a du sens. C'est la taille du Danemark. Mais je comprends que ça démantèle les Pays de la Loire.

Quel relation entretenez-vous avec Pierre Méhaignerie ?

I.LC : Des relations très fréquentes. On fait régulièrement le point sur des dossiers que l'on a en commun notamment concernant Vitré Communauté. Je lui demande des conseils car il a présidé la Commission des affaires sociales où je siège maintenant. J'ai cette chance qu'il soit là, qu'il soit accessible. Il vient de temps en temps à l'Assemblée Nationale. J'ai beaucoup de chance d'avoir grandi au près de lui, c'est sûr.

« Je vendais des films d'entreprises, maintenant je vends des idées »

Parmi vos différentes expériences, quelle a été l'expérience la plus enrichissante ?

I.LC : Il y a toujours du positif. En stage au près de Pierre Méhaignerie, j'ai pu rencontrer les élus locaux, sentir à quel point le développement local me plaisait. On apprend beaucoup l'humilité quand on est responsable commerciale. Je vendais des films d'entreprises, maintenant je dis que je vends des idées. La vente est une belle école de l'humilité, avec la crise des années 1990, le budget communication sautait en premier. Je me prenais pas mal de « râteaux ». C'est utile aussi en politique car les gens n'achètent pas vos idées comme ça. Il y a les gens fans qui partagent vos idées, ceux-là ce sont les clients fidèles. Il y a ceux qu'il reste à convaincre, ceux à qui vous ne vendrez jamais votre idée, et il y a tous les autres qui sont indécis. Vous pensez leur faire du bien en vendant votre idée, mais eux-mêmes ne sont pas convaincus. Quand on est assistant parlementaire, on est pas député. On est ses yeux et ses oreilles. On a pas à parler à sa place. J'ai appris l'écoute et la responsabilité. Tout est très enrichissant.

Pensiez-vous à la politique durant vos études ?

I.LC : Bah, non en fait ! Je dirai que ma conscience politique est née en 1984. Il y a eut de grandes manifestations pour défendre l'école libre. L'enseignement catholique avait des craintes de la remise en cause des moyens financiers. Moi, je suis un pur produit de l'enseignement catholique, au-delà de ça, j'ai un grand respect pour l'enseignement public, j'ai été sensible à l'argument de la liberté de choix. Liberté, Égalité, Fraternité. Dans les trois, il y a le mot liberté. Je défends la liberté individuelle, et donc le choix de son école c'est une des libertés fondamentales. Il y avait une menace, alors j'ai manifesté. Souvent on entre en politique par la manifestation. Je suivais l'actualité normalement. On ne parlait pas beaucoup de politique à la maison. Dans ma famille, j'ai de tout. Des gens qui sont à gauche, très à gauche. Des gens plutôt à droite, des cousins qui sont très engagés à la CFDT. On a toujours parlé de tout avec tout le monde. Mon père était Basque et Béarnais. Les Béarnais disent qu'il faut toujours faire un pas vers la vérité de l'autre. Ça, je me l'applique à moi-même. Rencontrer des grands hommes politiques comme Pierre Méhaignerie, ça a changé le tournant de ma vie. Des députés en rêvent depuis tout petit. Moi, c'est pas vraiment le cas. Ce sont les rencontres, la sensibilité, l'envie d'agir aussi. Ne pas voir peur d'afficher des idées, des convictions ; tout en étant respectueux de celles des autres. Là, on a perdu les élections, on respecte le Président. Si nos idées ne sont pas retenues tant pis pour nous, il fallait gagner.

Vous êtes issue de la « classe moyenne », cela vous a-t-il motivé dans vos choix, votre carrière, vos idées ?

I.LC : Je pense oui. J'ai été élevée dans une famille où le travail est important. On m'a expliquée qu'on avait rien sans rien. On m'a appris l'effort, le mérite, le respect, l'humilité. C'est plutôt une chance. Quand on naît dans un milieu ultra-favorisé, on se rend pas compte que ça peut être dur pour d'autres. Ces notions nous permettent de progresser. On ne dépense pas tout, on sort moins. On attend que ça aille mieux. Ça a certainement guidé mes choix et mes convictions.

Était-ce logique de succéder à Pierre Méhaignerie en tant que député ?

I.LC : Non, pas vraiment au départ. Quand il a décidé d'arrêter, il m'a dit que je faisais partie de la liste des possibles. J'ai une première fois souri, il est revenu deux trois fois à la charge. Je me suis dis que ça commençait à devenir sérieux. Pour faire son choix, ses collègues lui dont dit que je travaillais avec lui depuis 19 ans. Je connaissais tous les dossiers, je connaissais très bien la circonscription. Il y avait une logique donc. Il y a pas mal d'assistants parlementaires qui deviennent députés après des années de service. On est immédiatement opérationnel. Si ça avait été quelqu'un d'autre, tant pis. Je n'aurai pas fais prendre le risque de faire passer la circonscription à gauche.

« Ce n'est pas parce que l'on s'appelle Les Républicains
que l'on considère que les autres n'en sont pas. »

Quels sont vos projets personnels ?

I.LC : Déjà, bien faire mon travail. Être une bonne grand-mère (rires) et être encore utile à mes enfants. C'est primordial pour moi. Continuer à trouver le juste équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie familiale. Au niveau national, continuer à faire progresser nos idées. Le travail sur le projet avec Éric Woerth, c'est enthousiasment car l'idée est de travailler et de faire des propositions. Il faut solliciter les Français, pour qu'ils nous disent ce qu'ils en pensent, qu'on le construise avec eux. Et puis réussir les primaires, qu'on choisisse notre candidat aux élections présidentielles dans les meilleures conditions. Ce n'est pas simple.

Comment imaginez-vous votre futur ? Longtemps députée ?

I.LC : Écoutez, comme aujourd'hui avec beaucoup de travail, de rencontres et puis une bonne condition physique. Je ne me projette pas trop. Le temps passe très vite. Ça fait trois ans que je le suis, j'ai l'impression d'avoir commencé avant-hier. Je verrais dans deux ans quand la question se posera. Pour être élu, il faut que je les gens me fassent confiance.

« Les Républicains », ce nouveau nom vous convient-il ? Comprenez-vous toutes les réactions adverses ?

I.LC : Oui, j'ai eu pleins de débats là-dessus. Plus ça va, plus il me semble pertinent. On a beaucoup galvaudé Liberté Égalité Fraternité, avec ce qui est arrivé en Janvier, ce grand mouvement national du 11, il faut qu'on revisite cette magnifique devise. Nos amis socialistes parlent beaucoup d'égalité. On parle pas assez de liberté. Et y a pas grand monde à parler de fraternité. Ce triptyque est vraiment fabuleux. Vouloir pour un parti politique se réapproprier cette devise c'est un programme en soi. Moi, ça me convient tout à fait. Ce n'est pas parce que nous on s'appelle Les Républicains que l'on considère que les autres n'en sont pas. C'est très enthousiasment de travailler sous cette bannière. Le seul hic, c'est au niveau de la syntaxe. Le Président Sarkozy n'aime pas les acronymes car on peut les détourner comme UMPS. C'est assez moderne, regardez en Espagne avec Podemos. Les partis politiques sont de plus en plus incarnés par un nom qui veut dire quelque chose.

Que répondez-vous aux Français qui déclarent « les politiques et parlementaires ne font rien » ou « qu'ils ne les écoutent pas » ?

I.LC : Je ne veux pas leur en vouloir. Ils voient des gens qui s'opposent. Des gens qui ne tiennent pas leurs promesses. Dans le mandat précédent, Lehman Brothers nous a tombé dessus, c'était pas prévu. Souvent on entend, « tous pourris mais pas mon député, pas mon maire ». C'est à nous de prouver, d'apporter la preuve dans notre engagement quotidien que cette réputation ne concerne que quelques uns d'entre nous et non pas à quoi nous sommes réduits à la télévision.

Que souhaiteriez-vous dire aux jeunes du canton ou du département ?

I.LC : Ils sont notre avenir, on compte sur eux. La jeunesse, je trouve qu'on en parle toujours de façon négative alors que j'observe des jeunes pleins d'enthousiasme, de générosité, prêts à prendre des initiatives. Je crois beaucoup au service civique. D'autant plus que vous nous avez complètement dépassé sur le du numérique. On a un vrai virage à prendre comme je vous le disait tout à l'heure. J'espère qu'ils sont très attachés à leur région, j'espère qu'ils veulent s'investir pour le développement de leur région, qu'ils s'intéressent à la vie publique, qu'ils prennent des responsabilités. Et qu'ils soient partie prenante de leur destin en fait. Si nous les politiques on peut les aider en leur expliquant le monde tel qu'il est , on peut être utile. On a besoin de vous, pour nous remuer. Vous avez la vie devant vous ! La vie publique, c'est passionnant, je les encourage à prendre des responsabilités dans les associations... Un jeune de 20 ans a fait un travail remarquable pour refaire le site Les Républicains d'Ille-et-Vilaine, je trouve qu'on ne parle que des jeunes quand ça ne va pas bien, c'est notre boulot de s'en occuper et je dis bravo !

Isabelle Le Callennec gère parfaitement sa vie professionnelle. La députée est totalement impliquée dans les différents projets qui s'offrent à elle. Elle est toujours en quête de débat, de dialogue. Bien que l'Europe soit en pleins tourments, la Conseillère départementale affiche une confiance accrue dans ce projet d'unité. En cas de victoire du groupe Les Républicains en 2017, pourquoi ne pas la voir occuper une fonction avec encore plus de responsabilités ?

Interview réalisée le Vendredi 10 Juillet, à Vitré.

Publié dans Interviews, Politique

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foisneau severine 05/11/2015 09:20

Bel article ,constructif

Charles L. 06/11/2015 18:11

Merci beaucoup !