JMB, cette légende

Publié le par Charles L.

JMB, cette légende

Plus de 5000 victoires, 16 sulkys d'Or, il y a tant de chiffres qui peuvent témoigner de l'immense, la gigantesque place que Jean-Michel Bazire possède dans les courses. Cette légende surnommée « JMB » a fait l'histoire de son sport. Retour sur une carrière pleine de succès, d'émotions et d'anecdotes...

Une personnalité ambiguë et des mains en or

Jean-Michel Bazire est le meilleur pilote de tous les temps. Vainqueur au plus haut niveau monté comme attelé. Son talent lui a permis de briller pour lui et pour des couleurs prestigieuses, Wildenstein en est le meilleur exemple. Dans le peloton, le Sarthois est le véritable patron. On le voit en 2004, où dans le Prix d'Amérique, il rappelle à l'ordre Jules Lepennetier puis Christophe Gallier avec le fameux « Christophe, fais pas l'con ». Ce dernier allait se rabattre et enfermer Késaco Phédo avec ses espoirs de victoire. JMB laisse échapper après la course : « Je vais pas pleurer, merde », très ému. Une image rare pour ce grand professionnel, qui dédiait aussitôt ce succès à son père, Michel. Jean-Michel Bazire, en plus de s'imposer dans le peloton est un véritable showman. Souvenez-vous des images de la caméra embarquée sur Kazire de Guez lors de la clôture du Grand National du Trot édition 2004 : « Est-ce qu'on va saluer la foule ? Oh, oui ! », lâchait-il à son champion après lui avoir poussé la chansonnette à l'intersection des pistes. Preuve de la confiance de JMB, sûr de gagner à encore 500 mètres du disque final. « Hé, là, messieurs, dames », s'exclamait-il en faisant son fameux geste de la main. Et que dire lorsqu'il lève les deux jambes comme avec Késaco Phédo dans l'Amérique ou avec Première Steed dans le René Ballière 2009. JMB fait le spectacle pour notre plus grand plaisir.

Pour faire le show, il faut gagner. Ce qu'il sait sûrement faire de mieux. Sulky d'Or pour la 16ème fois. Il plaçait la barre de victoires toujours plus haute : le premier à dépasser les 200 victoires, c'était en 2001 (213). Cette année là, il inscrit un nouveau record jamais réalisé depuis, celui du « coup de 6 ». Jean-Michel Bazire est habitué aux doublés voire triplés. Il est exceptionnel. L'année suivante, il va encore plus loin puisqu'il passe 255 fois le poteau en tête. Il fait beaucoup de déplacements et dispute jusqu'à 1000 courses. Il apparaît même dans les médias, rien de mieux qu'un champion comme tel pour mettre en valeur l'hippisme. En 2006, 339 victoires pour le Sarthois, c'est incroyable. Le premier a passé cette nouvelle barre, logique. Ces chiffres toujours plus ahurissants s'expliquent par une écurie qui grandit, et des drives toujours plus nombreuses, il mène des chevaux prêts, bons, notamment ceux de Jean-Michel Baudoin, Fabrice Souloy, Jean-Paul Marmion et Laurent-Claude Abrivard. Il est le meilleur à la lutte, je me souviens d'un Quinté+ à Enghien où il drivait Salsa du Digeon (T.Raffegeau), Style Mérité et Franck Nivard semblaient prendre le dessus quand dans les derniers mètres, il allonge sa jument pour mettre son nez devant.

Ce qui est formidable, c'est qu'il y croît, et ça marche ! Souvenez-vous de Jos Verbeek et Késaco Phédo dans le Critérium des 4 ans 2002, le diable belge pensait avoir course gagnée. Soudain, le driver français surgit avec Korean (F.Souloy), Jos est surpris et se met à solliciter son partenaire. Korean revient et la course se juge à la photographie. Jos Verbeek est vainqueur, puis disqualifié pour ses allures. Encore un groupe I pour le clan Bazire/Souloy. JMB est un grand champion, un travailleur c'est certain, un spécialiste du peloton et de la gagne. Ses détracteurs dénoncent l'idée qu'il « contrôlerait tout », ils s'emportent lorsqu'il est disqualifié alors qu'il était favori à 2/1 et ajoutent qu'il l'a « fait exprès ». Ce serait aussi un « gros joueur » et menacé. Son camion avait été tagué il y a une dizaine d'année. Ces propos qu'on ne peut pas vraiment vérifier sont bien maigres à côtéde l'image du champion intemporel que JMB est.

Une vie de rencontres et de titres

Jean-Michel Bazire a eu cette part de chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Une bonne partie de ses plus grands succès sont le fruit d'une association. Nombreux étaient sous son entraînement mais rares étaient sous sa propriété. Ainsi, parmi ses trois Prix d'Amérique, un seul était un cheval qu'il entraînait (Késaco Phédo, en 2004). JMB a brillé en Suède, gagnant l'Elitloppet pour Jean-Philippe Ducher avec L'Amrial Mauzun en 2007. Cette année-là, il conquiert également l'Italie en gagnant la Grand Prix de la Loterie de Naples avec Exploit Caf pour son ami Fabrice Souloy. Cette rencontre date de 2002, elle est pleine de réussite et de succès au plus haut niveau : de Korean à Rolling d'Héripré en passant par Orlando Vici. Le duo a rivalisé avec les meilleurs et dévalisé le stock de trophées. 2008, le Manceau s'en va battre les Scandinaves pour la seconde fois de suite, cette fois pour... Fabrice Souloy avec le crack Exploit Caf. Son association avec l'autre JMB, Jean-Michel Baudoin lui apporte beaucoup de succès. Nombreux sont les doublés et triplés à Fougères entre autres, sur les terres de JMB bis. Je me souviens avec joie du 8 Mai 2009 où Bazire réalise un quadruplé dont le Trophée Vert. J'ai eu ce jour-là un autographe de sa part et un petit mot avec le sourire. Ça c'était la bonne époque, les courses comme on les aime (aimait). La province est le terrain de jeu des deux JMB, avec des réussites dans les GNT par exemple, même si ils n'oublient pas de briguer des Quintés à Paris.

Plus tôt, en 2000, Jean-Paul Marmion a décidé de se consacrer à l'entraînement, et associe ses bons chevaux à JMB. Il possède de bons « G » comme Gahija du Lupin ou Guerrier. Cette année-là, le duo gagnera 22 fois. Les deux hommes arriveront à canaliser le « Grand Général » pour gagner les plus belles épreuves consacrées aux hongres. Général du Lupin a gagné 42 courses dont 30 Quintés+. Plus récemment, le duo a brillé dans le Prix des Ducs de Normandie avec Roi du Lupin. C'était la première fois que JMB menait ce crack, quelle réussite. Autre association pleine de réussite et de gloire, celle avec l’entraîneur Mayennais Franck Leblanc. Up and Quick est évidemment le premier exemple qui nous vient à l'esprit, avec sa victoire dans le Prix d'Amérique 2015. Il y eu déjà, 10 ans plus tôt, une victoire dans la plus grande course finlandaise : la Finlandia Ajo avec Kart de Baudrairie pour le duo Bazire/Leblanc. Le jeune Coquin Bébé, vainqueur du Critérium des Jeunes (une des rares épreuves qu'il manquait à JMB, - elle manquait aussi à Franck Leblanc-) est très prometteur, ces trois-là ne sont pas près de s'arrêter de briller !

« Saviez-vous que Jean-Michel Bazire avait recouru au trot monté,

le 3 Juin 2007 près de chez lui à Sablé-sur-Sarthe ? »

Que de symboles !

Jean-Michel Bazire a gagné sa première course le 24 août 1987 avec Quelasio à Vincennes, c'était au trot monté pour son père, Michel Bazire. 30 ans plus tard, jour pour jour, il était à Pornichet, un hippodrome qu'il affectionne particulièrement pour glaner le Grand Prix avec Mandarin. Ce cheval appartenait à son ami Jean-Michel Baudoin. Vous trouverez ça anecdotique, mais le Sarthois a un rapport particulier avec l'Histoire. D'abord, pour signer le coup de 6 jamais réalisé jusque là, il a profité de l'absence du diable belge Jos Verbeek, avec qui il ne s'entendait pas très bien à l'époque, c'était son grand rival, cette absence lui permet de marquer l'Histoire. En 2010, Jean-Michel perd son papa Michel. Cette nouvelle frappe Jean-Michel, le monde des courses garde le souvenir d'un homme travailleur et talentueux. Cette année-là, le Manceau a dû s'organiser pour faire tourner son écurie. Il termine (évidemment) en tête du nombre de victoires et remporte de beaux succès notamment dans les GNT comme à Laval avec sa chère Qoumba de Guez ou avec Romcock de Guez à Saint-Malo. Saviez-vous que Jean-Michel Bazire avait recouru au trot monté le 3 Juin 2007 près de chez lui à Sablé-sur-Sarthe, le jour du Trophée Vert ? Et oui, cet homme de défis a monté Poker Dream, pour … Jean-Michel Baudoin bien sûr. Cette tentative s'est, malheureusement, soldée par une disqualification. Il a tenté l'expérience après avoir arrêté cette spécialité suite à la nouvelle façon de monter et en partie à cause de la disqualification de la première place dans le Prix de Cornulier 2002. C'était avec Iouky du Pré. Il a lâché les reines de son partenaire pour fêter la victoire. Dans le reportage qui lui a été consacré, il affirme que c'est sa « plus grande déception », vraiment pour l’entraîneur, « pour moi, je m'en fous », affirmait-il.

Autre particularité : Jean-Michel Bazire est un guerrier, un vrai battant. En effet, il est devenu Sulky d'Or après s'être remis de son AVC. Le 15 Juillet 2012 sur l'hippodrome de Enghien-Soisy, JMB termine 3ème du Prix de Bruxelles avec Qoumba de Guez, il raconte qu'il ne sent plus sa main au passage du poteau. Il en parle à Pierre Vercruysse qui est 2ème, et termine en même temps que lui, ce dernier croît qu'il « fait le con », dit-il. C'était bien un triste accident vasculaire cérébral. Les suiveurs des courses sont choqués. Lui qui est au travail partout, tous les jours... Le roi des courses est atteint et indisponible 3 mois. Sa récupération est fulgurante puisqu'il court dès le 20 Octobre à Meslay-du-Maine où il sera disqualifié. Est-ce bien là le plus important ? Personne n'y a songé. 11 jours plus tard ouvrait le meeting d'hiver de Vincennes. Monsieur JMB réalise un « coup de 3 » ! Un triplé fabuleux dont le premier groupe de ce meeting avec ? Qoumba de Guez, celle qu'il quittait en Juillet... Cette longue interruption ne lui empêche pas de signer plus de succès que les autres. C'était déjà le cas en 2011 lorsqu'il s'était blessé à Vincennes, à la volte. Il expliquait avoir emprunté un sulky à William Bigeon qui a de grandes jambes, il était ainsi mal équilibré et il a reçu un coup de pied de sa jeune partenaire. Son tibia est cassé, mais il va quand même arrêter sa jument au loin avant de se coucher au sol, tout simplement chapeau. « 20 ans sans pépins, dans une carrière, 3 mois je signe tout de suite », s'exclamait-il dans l'interview de Pierre-Emmanuel Goetz. Il a donc couru 9 mois seulement mais a passé 278 fois le poteau en tête, comment qualifier cette performance ? Avec 214 succès l'année de son AVC, c'est d'autant plus remarquable. Un exemple de courage et d'abnégation. L'émotion le touchait et il donnait des frissons au public venu en nombre pour la clôture du Grand National du Trot en 2012. Ce titan a gagné la course avec son cheval, Roi Vert. Après une année 2013 calme, le début 2014 commence mal avec de nouveau un AVC dans les travées de Vincennes le 1er Janvier. Comme un symbole, il se classera second du Prix d'Amérique le dernier dimanche du mois de Janvier 2014 avec sérénité. Et gagnera même avec ce champion le Grand Prix de Paris sans mal. Les symboles, en voulez-vous, en voilà : le cap des 5.000 victoires est franchi le 10 avril 2014... au Mans. Dans sa ville natale et pour son ami J.-M. Baudouin, il marque son sport en ajoutant des lignes au, déjà bien rempli, carnet d'exploits. On ne peut qu'être ahurit quand on voit sa force de vaincre, ses Sulkys d'Or les années où il a été sur la touche, et son talent.

JMB, le crack driver et ancien crack jockey n'est pas moins doué à l'entraînement et façonne de très bons chevaux mais également de très bons apprentis. Le brillant metteur au point à apporter des chevaux au plus haut niveau avec son père Michel comme Fiesta d'Anjou (2ème du Prix de Paris 2001), ou encore les célèbres noms cités précédemment dans l'article. En plus des bons chevaux qui lui sont confiés, ceux qui brillent dans les GNT comme Tornade du Digeon ou plus récemment Val Royal, Vinci de l'Abbaye, Ave Avis etc, Jean-Michel Bazire tourne à plein régime avec son écurie. Le Manceau a « porté » la casaque bleu foncé, écharpe et toque rouge au sommet avec notamment Pinson et Quinoa du Gers. Le premier, brillant à l'attelé a été soigneusement dirigé vers le trot monté où il a excellé : allant battre Plenty Pocket et Rombaldi rien que ça, dans le Prix du Calvados (Groupe II, 150.000€) en 2011. Il sera bon 6ème de Cornulier. Après une année 2012 chaotique, il doublera la mise dans le Prix du Calvados avant d'être disqualifié dans le Cornulier 2013. Quand au second, il a dépassé le million d'euros de gains après une fin de carrière chez son ami, Fabrice Souloy où il a notamment enlevé le Prix de l'Union Européenne et le Prix de la Haye à Enghien. Il s'est même invité au Prix d'Amérique où il finit 8ème. Ses « élèves » connaissent également le succès. Prenez Alexandre Abrivard qui brillait avec Pinson, il a remporté son premier Groupe I le 21 Juin dernier avec Bilibili (pour son père) dans le célèbre Prix du Président de la République. Ce même jour, un autre de ses élèves a enrôlé un Groupe I, ainsi Gabriele Gelormini a battu son maître (3ème avec Vinci de l'Abbaye) dans le Prix René Ballière avec Voltigeur de Myrt. Ces deux jockeys, maintenant faisant parti des meilleurs, ont écouté et regardé le maître JMB. Le résultat est là. L'écurie du patron tourne, il compte la faire tourner encore quelques années, continuer à être Sulky d'Or, et espère en son fils voir le futur roi. A l'image de son père Michel qui a tout donné pour voir son fils réaliser les prouesses que l'on connaît.

Publié dans Hippisme

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